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L’engagement de HI dans la lutte contre les violences faites aux filles et femmes handicapées

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Plaidoyer | Protection | International | PUBLIÉ LE 29 janvier 2020
Groupe de femmes au Rwanda

Rwanda © Wendy Huyghe / HI

Du 25 novembre au 10 décembre 2019 a lieu la campagne internationale annuelle des  « 16 jours d’activisme pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes». A cette occasion, trois de nos spécialistes nous éclairent sur les différentes actions que nous menons dans ce domaine.

Toutes les femmes et les filles, qu’elles soient handicapées ou non, sont potentiellement susceptibles d’être touchées par des violences au cours de leur vie. Qu’elles soient d’ordre physique (violences domestiques, sexuelles, viol, mariage forcé), psychologique (violences verbales, insultes, déni d’opportunité et de services…) ou économique (déni d’héritage, privation de ressources, etc.).

Cependant, des études montrent que les femmes handicapées sont deux fois plus susceptibles, et les filles handicapées jusqu'à quatre fois plus susceptibles d'être touchées par ces violences que leurs paires non handicapées. Du fait de leur handicap, les femmes et les filles handicapées font face à des violences supplémentaires comme les abus psychologiques, le confinement, la stérilisation forcée et tous les traitements médicaux pratiqués sans consentement.

Les causes profondes de ces violences se trouvent dans les inégalités de genre, dans les rapports de pouvoir inégalitaires, et le non-respect des droits humains. D’autres facteurs, comme la pauvreté, la consommation excessive d’alcool, le manque d’accès aux services, les situations de crise, etc., contribuent à augmenter ces violences. 

Face à cette situation, HI agit. Trois de nos spécialistes prennent la parole : Magali Videau, spécialiste Protection, Sophie Pécourt, coordinatrice du projet Making It Work « Genre et Handicap » et Corinne Gillet, chargée de Mission handicap, genre et âge.
 

Magali, comment notre organisation agit-elle concrètement sur nos terrains d’intervention ? 

 

Pour lutter efficacement contre ces violences, nous devons agir sur les différents facteurs qui sont à l’origine de ces violences. C’est ce que nous faisons à travers des activités qui visent à transformer certaines attitudes et normes sociales. Pour cela, nous menons des actions de sensibilisation, au niveau communautaire, sur l’égalité des genres, sur la non banalisation des violences à travers le théâtre forum, la projection de vidéos, des groupes de parole, etc. 

Nous intervenons également dans la prise en charge des survivantes et survivants de ces violences à travers un accompagnement psychologique et psychosocial. Nous apportons aussi un support à la résilience économique avec le développement d’activités génératrices de revenus car l’on sait que les femmes et les filles qui vivent dans un grande précarité économiques sont plus susceptibles d’être la cible de violences conjugales, ou de devoir être en situation de prostitution pour pouvoir survivre. Nos équipes sont également en mesure de référer les personnes vers des acteurs de prise en charge médicale, car bien sûr les violences sexuelles peuvent engendrer des blessures, des maladies sexuellement transmissibles, des grossesses non désirées… 

A un niveau plus macro, nous menons des actions de plaidoyer pour que les filles et femmes handicapées soient prises en compte dans les politiques et les espaces de prise en charge psychologique, médicale et juridique. 

Nous menons nos différentes actions dans des contextes de développement ou d’urgence, soit à travers des projets dédiés spécifiquement à la lutte contre les violences basées sur le genre, avec une attention particulière et des mesures spécifiques pour les personnes handicapées,  soit en intégrant cette composante dans d’autres projets touchant à la santé mentale, à l’éducation par exemple...

Femme se cachant le visage avec un chapeau

Rwanda © Wendy Huyghe / HI

 

Sophie, comment HI soutient le combat des femmes handicapées pour moins de discrimination et de violences ?  
 

Notre organisation travaille comme alliée des femmes handicapées dans leur combat contre la discrimination et les violences. Nous travaillons à leur coté pour lever l’invisibilité que les femmes et les filles handicapées rencontrent dans les politiques de lutte contre les inégalités de genre et les violences, et améliorer leur inclusion dans les programmes de lutte contre les violences et dans les actions des mouvements féministes.

Au travers de notre projet Making It Work « Genre et Handicap », nous travaillons avec un réseau de 17 organisations de femmes handicapées et de femmes, dans 8 pays d’Afrique, pour mettre en lumière et soutenir les actions concrètes des femmes handicapées elles-mêmes. 

Ces actions touchent à tous les aspects de la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), depuis la prévention jusqu’à l’autonomisation des femmes. Elles visent également à permettre aux femmes d’avoir une pleine connaissance des droits qui sont les leurs. De la même façon qu’elles subissent des discriminations croisées du fait de leur identités multiples ; femmes, personnes handicapées, mais aussi âgées ou jeunes, issues d’une minorité ethnique ou sexuelle, éduquées ou pas, etc.,  les femmes peuvent trouver protection dans les différents instruments de droits de l’humain liés aux femmes, aux personnes handicapées, etc. Toutefois chaque fois les protections sont parcellaires, car elles n’embrassent pas la diversité des personnes. 

Aussi Making It Work et ses partenaires mène un combat pour la prise en compte de l’intersectionnalité du genre, du handicap et de toutes les autres identités qui font chaque être humain. Car un programme de lutte contre les violences qui ignorerait que certaines femmes sont impactées de façon spécifique, car d’une certaine couleur ou avec un handicap, ou moins éduquées, ou agée, serait inefficace. Prenons l’exemple des pays qui s’équipent de lignes d’appel d’urgence pour les victimes de violences sexuelles. Si l’envoi de SMS n’est pas prévu, les femmes sourdes ne pourront pas avoir accès à ce service. De même, si les forces de police ne prévoient pas une assistance (interprète en langue des signes par exemple, traduction, ) pour les femmes avec lesquelles ils ne peuvent pas communiquer, leurs plaintes ne pourront être reçues.  

HI, en tant qu’alliée des femmes handicapées, travaille donc à leur inclusion complète et efficace dans la lutte contre les violences. Cet appel pour une meilleure inclusion et diversité est d’ailleurs repris dans un Appel à l’Action.

Membres d'un groupe communautaire de femmes et de filles handicapées Membres d'un groupe communautaire de femmes et de filles handicapées Membres d'un groupe communautaire de femmes et de filles handicapées Membres d'un groupe communautaire de femmes et de filles handicapées

© Sophie Pécourt / HI

 

Corinne, comment HI en tant qu’organisation s’assure-t-elle que personne ne soit laissé de côté  ? 


Notre organisation s’est dotée d’une politique institutionnelle « Age, Genre et Handicap », qui nous engage à considérer systématiquement dans nos actions le handicap, le genre et l’âge comme de possibles facteurs d’exclusion ou de vulnérabilité. A travers cette politique, nous nous donnons les moyens pour que les femmes, les hommes, les filles et les garçons, avec ou sans handicap, soient considérés et aient accès, à égalité avec les autres, au bénéfice de nos actions. Cela traduit au plus haut niveau la façon dont HI contribue au « Leave No One Behind/Ne laisser personne de côté »,  slogan fondateur de l'Agenda 2030 de développement durable. 

Dans ce but, nous avons défini 4 principes directeurs ; participation, égalité et non-discrimination, accessibilité et protection de nos bénéficiaires. Et nous avons adopté une approche à deux facettes : d’un côté, être sensible au handicap, au genre, et à l’âge dans tous les domaines d’activité de l’organisation et de l’autre, être transformatif chaque fois que c’est possible pour parvenir à une inclusion effective.

Egalité et non-discrimination. Nous nous engageons à porter une attention systématique aux inégalités liées au handicap, au genre et à l’âge et à la manière dont elles interagissent avec d’autres facteurs générateurs d’inégalité (orientation sexuelle, statut socioéconomique, situation géographique, origine ethnique...). Ceci permettra aux personnes discriminées, sur la base de ces facteurs, de bénéficier de nos actions sur la base de l’égalité avec les autres. Par ailleurs, dans la mesure où nous nous dotons de grilles d’analyse plus fines des situations d’exclusion et des relations de pouvoirs qui les construisent, nous aurons une meilleure capacité à anticiper les abus de pouvoir qui sont à l’origine de beaucoup de violences.

La participation, un principe clé. Il nous engage à impliquer les garçons, filles, femmes et hommes de groupes d’âge différents (enfants et personnes âgées) – dont des personnes vivant avec des handicaps différents –, dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de nos actions.

La protection, autre principe fondamental. La Politique Handicap, Genre et Âge a été développée en cohérence avec les politiques et directives institutionnelles de notre association, notamment la « politique de protection de l’enfance » (PPE) et la « politique de protection des bénéficiaires contre l’exploitation, les abus et le harcèlement sexuels (PEAHS). A travers ces politiques, nous affirmons notre détermination à lutter contre l'exploitation, les abus et le harcèlement sexuels des enfants et des adultes bénéficiant de l'intervention de HI ou impactés par celle-ci et à mettre en œuvre des mesures pour réduire les risques dans ses programmes.

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